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En souvenir d’André Gaillard – un bel hommage de Rolande Berne Lamontagne

IN MEMORIAM

Quelques lignes, c’est peu  pour rappeler la place qu’a tenue parmi nous André Gaillard qui vient de nous quitter, et quel homme il était.

Second d’une fratrie de trois enfants, André est né le 9 juillet 1933 à Elbeuf où il a passé toute son enfance. Il a fait ses classes à l’école des prêtres au lycée Fénelon à Elbeuf.

Après la guerre de 39/40 ses parents se sont installés à Tlemcen, en Algérie, André a eu son second bac en 1949, à Alger, il avait 16 ans. Il a  alors commencé des études de Droit à la Faculté d’Alger et obtint sa licence en droit en 1953. Il put, en tant qu’étudiant, être le témoin du début du conflit algérien, événements dont il parlait souvent à ses enfants en mémoire de cette période troublée.

Revenu à Paris, sur les conseils de son Père, il obtint son DES de Droit en 1958 à la Faculté de PARIS. Il a intégré Science Po et obtint son diplôme en 1955, .  Il entama alors des études d’expertise comptable à la faveur d’un stage sous la férule de notre Consœur, Mademoiselle Simone Doyen, grande figure de l’expertise judiciaire qu’il vénérait et qui fut Présidente nationale de notre Compagnie en 1978/1979.

Il interrompit ce parcours, pour repartir en Algérie appelé sous les drapeaux en tant que Lieutenant dans l’armée de l’air, à Oran, où il rencontra sa future épouse, dont le père occupait des fonctions de Directeur des foyers de la marine au port d’Oran. Il épousa Germaine en août 1961. Deux filles furent le fruit de cette union, Claire et Marie-Laure. Il était l’heureux grand père de sept petits enfants.

Revenu en France à Paris, après sa démobilisation, il termina son cursus professionnel d’expert-comptable et obtint son diplôme en 1962 sur la base d’un mémoire dans lequel il décrit comment l’objectif d’optimisation fiscale recherché par les entreprises impacte le travail du comptable et peut même le dévoyer (thème toujours d’actualité)

Ses connaissances en Droit, ses diplômes et ses années de collaboration auprès de la grande et exigeante professionnelle qu’était Mlle Doyen, lui donnèrent  le « virus »  de l’expertise judiciaire. Il devait très vite franchir les étapes de ce qu’il se plaisait à appeler l’excellence de la fonction et c’est ainsi que d’abord inscrit sur la liste de la Cour d’appel de Paris en 1972 il fut agréé par la Cour de cassation et inscrit sur la liste nationale 10 ans après.

Il présida la CNECJ de 1996 à 1999, succédant à André DANA, et fut élu membre d’honneur de la Section Bordeaux qu’il affectionnait, pour sa double proximité des cépages bordelais  et de son refuge périgourdin de Verteillac.

Homme de réflexion  il participa à de nombreux congrès et rédigea plusieurs ouvrages de déontologie professionnelle, tant au niveau de la C.E.A.C.C. dont il était membre d’honneur, que du Conseil National des Compagnies d’Experts de Justice. Tous les gens de justice qui ont croisé sa route ont reconnu unanimement en lui, à la fois l’Homme au jugement droit et au jugement de droit. Cette reconnaissance lui valut le ruban de chevalier de la Légion d’honneur que lui remit M.Pierre BEZARD, président de la Chambre commerciale de la Cour de cassation, en novembre 2009.

 

Il n’était pas seulement un confrère, il était aussi pour beaucoup d’entre nous, un Ami. Un Ami, simple et chaleureux dans son accueil, mais vigilent au bien-être de ceux que son épouse et lui  invitaient à partager quelques heures dans leur village périgourdin dont il s’attachait à faire connaître et aimer les charmes et où il a choisi de reposer. Epicurien souvent il n’hésitait pas, non plus,  à extraire de sa cave bien fournie, quelque cru bordelais réputé qu’il débouchait pour ses amis.

 

Jamais dupe mais toujours indulgent, il était profondément chrétien et absolvait fréquemment  son prochain. Je m’amusais à brocarder ce que j’appelais son côté Quai d’ORSAY  – c’était sa force……… Il était tout simplement humain.

 

Le livre, récit d’une révolte, qu’il a écrit avec un certain talent d’auteur et qu’il sous-titra « la rage de l’espoir » n’est-il pas l’illustration – avant l’heure –  du courage avec lequel il a affronté sa maladie, avant qu’elle ne l’emporte ?

En hommage à sa mémoire et en gratitude de son action, sachons en acceptant le poids de son absence reconnaître notre privilège d’avoir croisé le chemin d’un tel homme.

Sa plume qui était au service de sa pensée et de son cœur, nous manque déjà !

 

Rolande BERNE LAMONTAGNE

Expert agréé par la Cour de cassation (honoraire)

Président d’honneur de la CNECJ

 

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